Contes des Royaumes

Auteur : Sarah Pinborough

Éditeur : Milady

Volumes : 3

 

Poison sarah pinborough

Tome 1 : Poison

 

Résumé :

Rappelez-vous l’innocente et belle princesse, la méchante reine impardonnable, le valeureux prince, la pomme empoisonnée et le baiser d’amour sincère… et à présent, ouvrez ce livre et plongez dans la véritable histoire de Blanche-Neige, telle qu’elle n’a jamais été révélée…

 
Blanche-Neige, le conte de fées revisité : cruel, savoureux, et tout en séduction.
 
 
 
 

Critique :

(Par avance, je m’excuse si ma critique contient quelques spoils mais connaissant tous le conte original, on ne s’attend pas à de très grosses surprises…)

 

D’une manière générale, j’adore les contes et j’adore d’autant plus les contes revisités car, contrairement à leurs originaux, les récits sont souvent plus consistants et développés au niveau de la trame voire des scénarios secondaires, souvent en intégrant des variantes qui nous font bien sourires.

C’est donc avec cette vision bien définie des contes revisitées que je me suis procurée le premier tome de cette série… Et je fus particulièrement déçue du résultat ! Malgré quelques idées intéressantes, l’intérêt du récit se noie très rapidement parmi tous les défauts que comporte ce texte...

 

L’histoire commence par la découverte de la fameuse belle-mère. Son choix de prénom, Lilith, est plutôt adéquate : c’est un être d’une beauté supérieur qui charme tout ceux qu’elle rencontre… L’auteur cherche à s’attarder sur ce personnage-clé de l’histoire et voilà bien un aspect intéressant !

Lilith est donc une belle femme qui est tout simplement malheureuse. Elle fut forcée d’être la seconde épouse d’un roi vulgaire et repoussant dont la fille semble être encore plus belle que cette dernière.

La complexité du personnage est particulièrement mise en valeur dans les deux-trois premiers chapitres. En effet, Lilith est une femme aigrie : elle n’aime ni son mari (à l’image d’un ogre dégoûtant), ni sa belle-fille, et encore moins le peuple qu’elle gouverne. Mais en tant que reine, elle doit se faire respecter et pour cela, rien de mieux que la terreur – ou la gouvernance d’une main de fer. De plus, elle jalouse particulièrement sa belle-fille qui, elle, est aimée de tous. Mais au fond, Lilith n’est pas intrinsèquement mauvaise et c’est ce qui la rend intéressante. Depuis le début, elle n’a qu’un but : rendre la vie de Blanche-Neige impossible afin que celle-ci se décide à prendre époux et quitte la demeure. Oui, c’est tout ce que désire notre chère Lilith : voir Blanche-Neige partir.

Pourtant, et bien malgré elle, quelques quiproquos et évènements plus-ou-moins tragiques s’enchaînent et le peuple commence à douter de la « bonne » volonté de la reine. Celle-ci en est dépitée et attristée de voir que le monde ne pourrait pas tourner comme elle le souhaite, tout simplement, malgré sa situation.

 

Jusque-là, c’était très intéressant et particulièrement bien amené, surtout avec cette nouvelle mode concernant le passé des méchants à laquelle j’adhère totalement (encore une fois, ça apporte plus de matériel, plus de valeur au conte d’origine).

Et puis j’ai tourné la page.

Grossière erreur ! Pas de ma part, il faut bien que je passe à la suite du récit, mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la tête de l’auteur mais, d’un seul coup, nous sommes revenus au conte originel : la belle-mère haineuse qui veut la mort et le cœur de sa belle-fille…

Là surviennent donc les questions que tout être normal se poserait même si on connaît tous le conte original : d’où ? Pourquoi ? Que s’est-il passé pour que cette malheureuse femme tourne à l’extrême aussi soudainement ?

Malheureusement pour nous, aucune réponse ne nous vient à travers le récit. Celle qui était sévère mais pas mauvaise est soudainement devenue la maléfique sorcière que l’on connaît si bien, sans transition… Erreur de scénario ? Très certainement ! Et dès le début, cela casse le rythme de l’histoire !

 

Parlons ensuite de la seconde figure emblématique de ce fameux conte : Blanche-Neige. Comme le récit s’attarde beaucoup sur Lilith (et les personnages secondaires – mais j’y reviendrais), on ne sait pas vraiment qui est Blanche-Neige si ce n’est par les échos qu’on entend d’elle : la plus belle femme au monde, la plus merveilleuse, la plus gentille, etc… Pourtant, dans le peu de scène où on la voit, elle n’est qu’espièglerie (ça encore, ça passe, mais :), irrespect, agacement et vulgarité. Pire que tout, notre chère Blanche-Neige aussi pure que la neige se trouve n’être en fait qu’une pute qui n’a pas hésité à offrir son corps au chasseur lorsque celui-ci lui épargne la vie. Et la raison que nous donne cette gentille et pure jeune fille ? Mademoiselle a senti l’odeur de sa belle-mère sur le chasseur et a donc décidé de prendre également du bon temps avec lui… Quoi de plus normal, n’est-ce pas ? Que ce soit dans les contes ou bien dans notre monde contemporain, il est vrai que les femmes s’extasient à l’idée de coucher avec les amants de leur belle-mère, surtout ceux qu’elle engage pour vous éliminer ! Et loin de s’en arrêter là, la petite demoiselle est une sacrée chaudasse lors de sa nuit de noce avec le prince, ce qui brise le mythe autant à nos yeux qu’aux siens…

Avant de passer à la suite, je dirais en conclusion que l’auteur a probablement voulu mélanger plusieurs caractères – ou plutôt, plusieurs visions du personnage – et les a assemblé dans un seul être ; en est ressorti un carnage bien dégoûtant.

 

Passons donc au prince… Ce dernier débarque sans prévenir, blessé, et s’énamoure de sa beauté endormie. Il m’a paru agaçant durant tout ce laps de temps où il est tombé amoureux de cette statue mais, en même temps, cela explique la fin de ce volume, le choix du prince, même si on est bien loin du bon vieux prince charmant. De ce point de vue, il en devient même particulièrement intéressant mais cela n’empêche que je l’ai détesté depuis son apparition jusqu’à la scène finale.

 

Je ne vais pas m’attarder sur les personnages secondaires mais même eux ont droit à leurs passés assez bien développés et donc assez intéressants en soit… Il n’y a que celui de Blanche-Neige qui n’apparaît pas réellement mais bon, (mauvais) choix de l’auteur j’imagine…

Ce qui m’a le plus perturbée dans ce récit c’est qu’à chaque personnage, l’auteur s’y attarde – pour notre plus grand plaisir, à la manière d’un bon roman contemporain mais, entre les scènes, elle utilise le style des contes à l’ancienne, annonçant les évènements comme un fait et non pas en les présentant comme si elle racontait une longue histoire. De ce fait, tout le récit en perd de sa saveur car les évènements s’enchaînent sans nous laisser le temps de s’adapter. Pire ! Je note des incohérences de scénarios ou des mises sous silence qui auraient grandement normalisé la vie des personnages et non pas en faire une mauvaise mise en scène ! Elle nous balance des scènes évidentes venant des contes et légendes mais ne les accordent pas d’une manière cohérente ou convenante à son adaptation ! Exemple typique : une malédiction envoyée de manière impromptue alors que la reine aurait clairement pu – voire – être au courant, sans compter les nains qui savent, comme par magie, que c’est en effet une malédiction et non pas la mort de leur chère et douce Blanche-Neige… Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui souligne mon propos.

 

Au final, je trouve donc que l’histoire est plutôt insipide malgré les bonnes idées de l’auteur… Et c’est vraiment dommage autant pour elle que pour nous autres lecteurs…

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