Prologue

Prologue

 

 

 

 

La pleine lune s’élevait haut au-dessus du temple de la déesse Elka, mère de la Création. La bâtisse munie d’une dizaine de tourelles abritait en son centre une vaste pièce basse aux nombreuses fenêtres ouvertes permettant à l’air frais de s’y engouffrer. Du lierre, de la clématite et des rosiers s’entrelaçaient le long des colonnades qui séparaient chaque ouverture. La double-porte, qui faisait office d’entrée pour les adeptes, s’ouvrait sur une volée de marches descendant vers le centre de la salle où un autel de marbre était érigé. Derrière, un second escalier montait vers une petite porte d’où émergeraient le prêtre et ses disciples. Encerclant ces deux accès, des rangées de sièges en pierre furent pris d’assaut lorsqu’un gong massif sonna dans l’atmosphère. La foule s’installa puis attendit en silence.

 Quelques minutes passèrent avant qu’un vieil homme, dont le visage était dissimulé par une cape blanche, ne franchisse la seconde porte. Il était suivi par deux disciples, élégamment vêtus de toges liliales, tenant dans chacune de leur main des coupelles d’encens qu’ils agitaient en de larges mouvements circulaires. La fumée qui s’en échappait était d’un mauve hypnotisant et très odorant. Le prêtre s’avança jusqu’à presque toucher la crédence de pierre et s’immobilisa. Les deux apprentis en firent de même. Un nouveau gong mit en transe le prêtre qui ordonna d’une voix rendue rêche par la vieillesse que l’on apporte sur l’autel les jugés.

Les secondes s’égrenèrent lentement tandis que la double-porte principale s’ouvrit à nouveau. Trois femmes, recouvertes de légers drapés couleur de lys et retenues par des ceintures ocre, descendirent cérémonieusement les marches, faisant cliqueter à chaque pas les bracelets d’or sur leur pieds nus. Chacune d’elles tenait un bébé dans ses bras. Elles placèrent les nouveau-nés les uns à côtés des autres sur l’autel puis reculèrent. Le vieil homme commença alors à psalmodier une prière qui fut reprit en cœur par l’assistance. L’encens fut déposé aux extrémités de l’autel et le prêtre y plongea ses doigts. Il les ressortit teintés de poudre violette qu’il appliqua sur les fronts des nourrissons tout en continuant son chant. Il éleva alors la voix et invoqua le pouvoir d’Elka. La poudre s’illumina et l’image des nourrissons se brouilla. Quand la brume se dissipa, seul un bébé avait repris son apparence initiale ; les deux autres étaient à présent un chiot et un oisillon.

— Ces enfants sont maudis, annonça alors clairement le prêtre en désignant les deux animaux sous les murmures choqués et dégoutés de l’assistance.

 

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