Prologue

Prologue

 

       La lumière trop vive des flammes lui aveuglait les yeux. La fumée empêchait ses poumons de respirer, déjà bien éprouvés par la course qu’ils subissaient. Se faufiler à travers les bois à toute vitesse; une capacité propre à son peuple. Un trait héréditaire qu’aujourd’hui elle était fière de détenir. Oui, fière. Car c’était en elle et en ses capacités seulement que le sort du monde était confié. Son destin, sa mission à accomplir, elle ne s’écroulera pas avant d’avoir fini ce qu’elle devait faire. Tout le monde comptait sur elle. C’était son fardeau, sa fatalité, la voie qu’elle avait choisi depuis le jour où les clans lui accordèrent cet immense privilège. Un cadeau empoisonné, une vie sacrifiée au détriment des autres, un immense pouvoir entre les mains d’une jeune femme, prise en chasse par de malveillantes créatures…

La voilà à destination. Ils sont déjà tous présents ; ils l’attendaient. Ils s’agitent, lui parlent, mais elle ne les entend pas. Elle n’entend plus rien. Elle avait perdu l’ouïe au cours de la bataille. Elle le savait, le sentait !, car elle n’entendait plus les cris déchirants de la nuit. Elle ne faisait plus que voir : voir le feu flamboyant consumer dans ses entrailles tout ce qu’il touchait ; voir les filets de magie s’éparpiller dans toutes les directions, blessant et tuant ; voir ses poursuivants tenter de lui faire perdre pied et de le lui prendre. Mais elle tint bon : c’était son destin !

Elle leva l’objet qu’elle emmena au prix de sa vie, cet objet par lequel tout commença, cet objet qu’elle faillit perdre à maintes reprises. Deux hommes s’empressèrent de le lui prendre et de l’emmener près d’un autel. Deux femmes vinrent s’occuper d’elle ; mais il était trop tard. Elle se sentait trempée, collante, faible… C’était son sang ! Il s’était retiré de son corps, progressivement durant sa course, se déversant tel une épaisse marre de boue sur son corps, rendant ses vêtement poisseux, serrés, étroits. Oui, elle allait mourir, elle le savait. Il le savait tous d’ailleurs, mais personne n’osait le dire a voix haute. Pourtant, c’était devenu très courant ces derniers jours.

Non ! J’ai encore des choses à faire !

Un cri venant du fond de son cœur. Son corps ne lui répondait plus ; l’adrénaline avait disparu. Elle était face à elle-même maintenant. Elle se leva, péniblement, n’entendant pas les plaintes des personnes là pour la soigner. Elle marcha, encore et encore, vers l’autel. Déjà ils étaient en place et se préparaient à l’incantation. Mais il fallait une chose en plus, une chose dont elle était incapable d’expliquer. Elle seule pouvait le comprendre, car elle seule détenait le pouvoir de l’activer.

Malgré les protestations fusant dans la petite grotte, le Cercle ne s’était pas dispersé ; leur attention n’était focalisée plus que sur la grosse pierre. Ils ne la sentirent pas s’approcher près d’eux, mais bizarrement, personne ne pouvait plus l’arrêter. Elle était comme dans une sorte de cocon protecteur, présent uniquement pour l’aider à accomplir sa dernière tâche.

Allez, encore un petit effort. Rien qu’un dernier ! Il ne faut pas que ça se termine ainsi. Non ! Quelqu’un ! Un jour, peut-être ! Cette personne le trouvera. Un destin tragique, mais rempli d’espoir. Pas comme le mien. C’est la seule façon de se protéger. Car s’en débarrasser signifierait déshonorer le sacrifice de nos ancêtres… Oui, c’est ça ! Voilà ce qui ne va pas ! Il faut que je les en empêche ! Il faut que…

La voilà près de la stèle à présent. Maintenant, ils la voient. Mais incapable de bouger ou de détourner leur regard, ils la fixent. Longtemps. Sans rien dire. Et c’est avec un sourire envers l’homme qu’elle aime qu’elle disparut dans une puissante explosion de lumière blanche et aveuglante.

 

 

 

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